PHILIPPE BOLTON, FACTEUR de FLUTE A BEC

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Flûtes à bec médiévales, pré-baroques, et baroques

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Le bois dont on fait les flûtes à bec

troncs de buis dans un atelier de fabrication de flûtes à bec Le buis, bois très dur donnant des surfaces extrêmement lisses, était l'essence la plus employée à l'époque baroque pour les flûtes, car il permettait d'obtenir une sonorité brillante, bien adaptée aux instruments solistes. A la renaissance on utilisait souvent des bois plus tendres comme l'érable, parfois certains fruitiers, mais de nombreux instruments de cette époque étaient également faits en buis. Par exemple, sur les 43 flûtes à bec renaissance de la collection du Kunsthistorisches Museum de Vienne, 21 au moins sont en buis, dont 10 ténors et 3 basses.
Parmi les essences tropicales, l'ébène est la seule à avoir été employée couramment à l'époque baroque. En raison de sa tendance à se fendre, les parties fragiles devaient être renforcées avec des viroles en ivoire.
D'autres bois tropicaux, comme le palissandre ou le grenadile ont surtout été utilisés à partir du 19e siècle pour les instruments à vent. Ils sont plus stables que le buis et moins fragiles que l'ébène.

Afin d'assurer une stabilité optimale, les morceaux de bois sèchent depuis 10 à 20 ans avant d'être travaillés.

Voici quelques essences de bois couramment utilisés pour fabriquer les flûtes à bec :

Des Bois Européens

le buis l'érable le poirier le cerisier
buis naturel
  (buis naturel)
buis teinté
  (buis teinté)
érable poirier cerisier

Des Bois Tropicaux

l'ébène le palissandre le grenadile
ébène palissandre grenadile

Le bois est une matière vivante. Il ne peut pas se comparer à un bloc d'acier ou de matière plastique. Son emploi dans la fabrication d'objets aussi précis que des instruments de musique nécessite beaucoup de précautions quant à sa préparation, en particulier le séchage. Lorsqu'un arbre vient d'être coupé il est gorgé de sève, qu'il va progressivement perdre pendant une période assez longue qui suit son abattage. Ce n'est que lorsque ce processus sera ter­miné que le bois pourra être utilisé. Des tensions apparaissent pendant le séchage entraînant des déformations, voir des fissures, Le bois retrouve ensuite un nouvel équilibre. Cela nécessite en général plusieurs années. La durée est cependant variable en fonction de l'épaisseur des pièces. Pour accélérer le séchage il est possible de débiter l'arbre. Pour des planches il faut généralement compter une année de séchage par centimètre d'épaisseur.

Les anciens menuisiers accordaient de l'importance à la période d'abattage des arbres, qui contiennent moins de sève en hiver qu'en été. De plus en période de lune descendante, la sève semble descendre vers le pied. Le bois coupé en "vieille lune" se conserverait donc mieux. Ce fait n'a jamais été vérifié scientifiquement, mais simplement constaté empiriquement par ceux qui exerçaient les métiers du bois. Aujourd'hui de nombreux luthiers et facteurs d'instruments accordent cette même importance à la période de coupe.

Le séchage nécessite des conditions particulières. Il se fait généralement dans un local frais et bien aéré, à l'abri du soleil et de la pluie. Lorsque l'on fait sécher des troncs entiers (c'est généralement le cas du buis) ceux-ci sont stockés verticalement. L'érable et les fruitiers sont généralement débités en planches ou en carrelets qui sont ensuite dispo­sés horizontalement, séparés par des lattes sèches afin de permettre la circulation de l'air.

Pour diminuer le risque de déformations ultérieures, le facteur prend soin de débiter son bois de telle sorte que les fibres suivent le plus possible l'axe de l'instrument. Lorsqu'il s'agit de troncs de petit diamètre (par exemple le buis) ce travail se fait de préférence à la hache qui suit naturellement le sens des fibres.

Les morceaux de bois sont d'abord tournés pour en faire des cylindres, qui sont ensuite mis de côté pendant un certain temps afin d'assurer leur stabilité, car cette opération peut entraîner des déformations. Au besoin, ils seront redressés au tour avant de continuer. Après le perçage, le futur instrument aura encore une fois une tendance à "travailler", car l'évidement du centre aura modifié son équilibre. L'ébauche de la perce se fait donc plusieurs semaines à l'avance afin que la pièce trouve son nouvel équilibre avant d'être transformée en flûte.

Le facteur prendra soin, au moment de tailler l'embouchure de l'instrument de faire en sorte que les cernes annuels (les "anneaux" caractéristiques que l'on observe sur tout tronc de bois qui a été sectionné, et qui délimitent les années de croissance) soient disposées verticalement afin de diminuer le danger de fissure spontanée. L'explication est la suivante : un tronc de bois se fend tou­jours du coeur vers l'extérieur suivant le rayon. Le fait de tailler le canal dans une flûte affaiblit celle-ci sur un côté. Il est donc préférable que ce côté ne se trouve pas placé là où le bois peut se fendre sponta­nément. La quasi totalité des ins­truments anciens étaient faits comme la flûte n° 1 dans cette image, comme le sont aujourd'hui la plupart des flûtes artisanales. Par contre, pour des raisons techniques les flûtes industrielles sont parfois taillées dans l'autre sens, comme la flûte n° 2. Le risque d'une fente au niveau du canal est moindre dans l'instrument n° 1.

tête de flûte à bec avec les cernes annuels disposés verticalement tête de flûte à bec avec les cernes annuels disposés horizontalement

le risque de fente d'une tête de flûte à bec en fonction du sens des cernes annuels
les flèches rouges indiquent le sens dans lequel le risque de fente est le plus grand.

la disposition des cernes dans un bouchon de flûte à bec

Par ailleurs, la disposition verticale des cernes favorise l'absorbtion d'humidité, qui peut ainsi pénétrer plus facilement entre les fibres du bois, en particulier sur le bouchon.


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Philippe BOLTON,
22 Le Grand Portail, F-84570 VILLES-SUR-AUZON, France
TEL : 04 90 61 86 11

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